samedi 16 mai 2015

La réforme des collèges et des programmes du collège examinées avec une perspective de conduite du changement (2ème partie)



Faire des découpages miniatures demande une grande patience
et des nerfs d'acier, animer une salle de classe aujourd'hui
doit demander les mêmes qualités
(Vu au musée de la miniature à Lyon)
Ceci est la deuxième partie du billet sur la réforme des programmes scolaires examinée avec une perspective de conduite du changement. Pour la première partie CLIC

En tant que praticien de la conduite du changement, quel est mon diagnostic sur les chances de succès de la mise en place du projet de nouveaux programmes scolaires ?





Résumons ce que nous avons identifié comme "points noirs" en matière des bonnes pratiques de la conduite du changement (Voir première partie de ce billet Ici )
 - Quelques "oublis" impardonnables dans le projet présenté au regard des autres objectifs généraux définis pour l'enseignement
 - Des suppressions qui me semble-t-il résultent d'une analyse fausse et biaisée de la situation
 - Des propositions intéressantes mais qui semblent difficiles à appliquer concrètement
 - Un projet préparé par une petite minorité et proposé "ex abrupto" sans consultations préalables pour tester son acceptabilité et si nécessaire l'adapter et le modifier avant de le rendre public.
 - Un manque d'explication sur le contenu qui autorise toutes sortes d'interprétations
 - Un comportement affiché de mépris et d'arrogance de la part de ceux qui promeuvent le projet envers les critiques et opposants au projet
 - L'utilisation d'un jargon qui n'a aucune utilité et qui sert seulement à illustrer que ceux qui ont préparé le projet sont complètement déconnectés de la réalité et du "vrai" monde.

On trouve dans cet inventaire des points noirs tous les ingrédients bien connus en accompagnement du changement pour favoriser l'apparition de résistances et d'opposants farouche à tout changement. Ces résistances au pire empêcheront la mise en place du projet ou au mieux, rendront très laborieuse la mise en place et très aléatoire l'atteinte des objectifs originellement fixés par le projet.

Si une telle situation se passait en Entreprise, la solution que je préconiserai serait d'abandonner complètement ce projet et de repartir de zéro en appliquant les bonnes pratiques de conduite du changement que j'ai eu le plaisir de partager avec vous dans une dizaine de billets de ce blog .
Mais en politique, tout est possible ...alors ce projet sera t-il mis en œuvre sur le terrain ?. J'ai cru comprendre que la mise en place d'un nouveau programme ne faisait pas l'objet d'une loi et n'avait besoin de l'approbation de personne...donc qui sait ? Tout est possible.

Par ailleurs, et contrairement à ce qui se fait généralement en Entreprise, ce projet s'il est mis en œuvre ne sera sans doute jamais évalué - comme n'ont jamais été évalués les nombreux projets précédents de l'éducation Nationale. Donc que ce soit un succès ou pas, qui se sentira responsable ?? L'important en politique semble être de montrer qu'on est capable de pousser "son" projet et ses idées jusqu'à réalisation et non pas que ce qu'on met en œuvre soit utile et efficace.

Deux étapes sont critiques pour toute conduite du changement : la pertinence des objectifs vis à vis de la situation de départ et la capacité des éléments inclus dans le projet de changement à résoudre les problèmes identifiés.
Dans ce contexte, si je voulais "pousser le bouchon trop loin" je pourrais m'interroger sur la démarche suivie pour définir les objectifs du projet ainsi que la méthode utilisée pour définir les diverses composantes du projet et qui visent l'atteinte de  ces objectifs.
Comment-sait-on que les élèves s'ennuient ? A-t-on quantifié et évalué l'ampleur de cet ennui ? Comment a-t-on déterminé que c'est l'ennui qui était la cause - ou une des causes - du décrochage et de l'échec scolaire ? A-t-on identifié des établissements où les élèves ne s'ennuient pas et quelles sont les méthodes utilisées ?
Comment les éléments inclus dans le projet vont-ils à contribuer à l'atteinte des objectifs du projet ? A t'on défini les indicateurs qui permettront de vérifier l'état d'avancement de la mise en place et ceux qui permettront de juger les progrès vis à vis de l'atteinte des objectifs ?
Etc.

Mais enfin si l'état était géré comme une entreprise cela se saurait !!

Sur ces paroles qui n'incitent pas nécessairement à l'enthousiasme, je vais conclure ce billet et vous permettre de retourner à vos occupations habituelles. Ciao, bonsoir.

P.S du 21/05 aussi publié en tant que billet séparé : La grève des enseignants contre le projet de réforme du collège a eu lieu le 19/05. Le décret d'application de la réforme des collèges a été publié au journal officiel le 20/05 au prétexte que la réforme devait urgemment être mise en place pour corriger la situation existante. Rappelons que ce décret est l'application d'une loi discutée et votée en 2013 (Refondation de l'école). La publication du décret d'application avait donc déjà attendu plus de 18 mois; objectivement le décret pouvait donc bien attendre encore quelques semaines et n'avait pas à être publié le lendemain de la grève ce qui a été considéré comme une provocation. Mais, je pense que le gouvernement a fait un forcing pour finaliser et publier ce décret le "même" jour que la grève et ainsi montrer sa détermination à mettre la réforme en place quelles que soient les oppositions. Afficher sa détermination à mettre en place un changement est en général considéré un point positif...sauf dans le cas où les solutions proposées sont jugées tellement non pertinentes par une majorité des parties prenantes et dans ce cas, cela peut aggraver la situation et renforcer les oppositions. L'avenir dira dans quelle configuration nous nous situions.

On peut aussi imaginer que le décret était prêt à être publié et que la décision de le publier n'a été prise que le soir de la grève qui n'avait mobilisé que 25% des enseignants et a donc été considéré comme "un échec pour l'opposition".

Afficher ainsi sa détermination par des actions "spectaculaires" peut être un des moyens utilisés pour bâtir et renforcer sa crédibilité et ainsi se faciliter le travail pour le futur. A ce sujet je vous invite à consulter deux billets de ce blog
http://blaisebet.blogspot.fr/2014/10/batir-sa-credibilite-pour-atteindre-les.html
http://blaisebet.blogspot.fr/2014/10/atteindre-les-objectifs-pourquoi-et.html



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